14 janvier 2008

ON NE VEUT PLUS DE PAPIER DU TOUT!

Belges, immigrés, on s'en fout! On ne veut plus de papier du tout!

Bien sûr, j'ai fait partie de collectifs de soutien aux sans papiers et gueulé en manif "Des papiers pour qui? Pour tous!"... Bien sûr, j'ai encore pas mal d'amis, sincères, hônnetes et humains dans ces collectifs... mais faibles et pacifistes si ce n'est passifistes!

Bien sûr, mes nouvelles méthodes et modes d'actions ne sont pas plus efficaces tant le cri est peu partagé, tant la répression face à l'hebergement de camarades sans pap est féroce, tant la peur de l'expulsion est chez nous la plus forte... Mais au moins ces initiatives m'épargnent-elles l'humiliation et n'entretiennent rien de ce qui me révolte : la course aux papiers en particulier...

"Belges, immigrés, on s'en fout! On veut plus de papier du tout!" a été un slogan à un moment donné de la lutte... Le moment où les collectifs de soit disant soutien ont envoyés les immigrés clandestins se faire ficher au bureau du recensement... pour mieux finir en camps de rétention!

C'est un slogan provocateur évidemment, très mal accepté par les collectifs et qui demande quelques explications. C'était une manière de dénoncer le manque de considération que l'on a pour ces personnes et la manière dont on les maintient (ou participe plus ou moins malgré nous à les maintenir) dans une posture d'attente et de dépendance face au pouvoir de l'Etat à délivrer des papiers... ou pas! La manière dont on accepte donc cette dépendance et ce pouvoir de l'Etat à délivrer des papiers... ou pas! La manière dont on crée un manque pour mieux faire ramper les gens, "mériter" leur place sur un territoire. La manière dont la carte d'identité ou le permis de séjour sont devenus des sésames sans lesquels on n'existe pas. La manière dont même les collectifs de soutien, en jouant le jeu de la quête aux papiers, aliènent des gens à ce bout de plastique ou de carton; les aliènent au droit et à la nationalité, en oubliant de les faire exister humainement, individuellement et collectivement et en oubliant de parler de ça, de leur droit à l'existence individuelle et collective, là où ils l'ont choisit, là où ils ont pu fuir souvent aussi, là où nous les avons nous même à la fois attirés et poussés en entretenant largement les inégalités Nord/Sud depuis des siècles... En oubliant de parler de ça aussi, des inégalités Nord/Sud, de géopolitique, de migrations, d'histoire des migrations, de colonisation... bref en séparant les luttes et les réfléxions, là où tout ça est lié, intrinséquement lié!

Ce slogan était une manière de dire "STOP! On peut se battre éternellement pour untel, puis pour untel, puis untel encore, pour quémander des papiers et implorer la pitié du gouvernement et de l'opinion public! On peut se mentir éternellement à soi même en faisant semblant de se satisfaire d'un dossier qui finit bien... et qui finit bien d'ailleurs justement pour qu'on se satisfasse finalement de la faiblesse de notre lutte... Parce que parfois, suffisamment régulièrement pour calmer nos colères, c'est vrai, ça marche! Mais pour tous ceux pour qui ça ne marche pas, pour tous ceux qui ont été ou vont être renvoyés, pour tous ceux qui ont été ou vont être assassinés à la descente de l'avion, pour toutes les familles enfermées, écartelées, divisées, humiliées, bafouées... pour toutes les vies qu'on réoriente dans des directions beaucoup moins favorables, qu'on renvoie sans ménagement à leur misère, à leur desespoir, à leur camps de réfugiés, à leurs dangers, à leur nouvel exil... nous disons STOP, on ne le fera plus! On ne rampera plus! On se fout de votre pouvoir à disposer de l'avenir et de la vie de gens! Il nous révolte! Il est inacceptable! Il est gerbant! Il est abusif! Nous refusons d'y participer et donc de l'entretenir! On ne veut plus que vous ayez ce pouvoir là de décider où l'on doit vivre, où l'on peut ou ne peut pas vivre... qui l'on doit quitter, où ne devons retourner. On n'accepte plus que vous ayez ce pouvoir de nous reprendre la liberté de nous déplacer et de nous voler la douleur d'avoir dû fuir en la transformant en honte ou en culpabilité! On ne demandera plus! On n'attendra plus! On prendra! Ou bien mieux, nous nierons ce que vous jugez être une nécessité ou une priorité là où nous nous battons pour bien plus que des papiers... pour la vie! Et nous lutterons pour ça! Nous lutterons vraiment à présent... sans négociation ou concession! Et nous nous organiserons pour ça avec une vraie ferveur populaire et une vraie rage! Nous avons compris ce que nous sommes pour vous en termes de quotas nécessaires à la bonne marche d'un pays qui ne sera jamais tout à fait le notre à vos yeux; en termes d'économie, de force de travail exploitable et pas cher, d'ennemis désignés au sein de votre pays, et de pacification aussi au niveau international... Et nous refusons d'être cela! Nous rejoindrons les rangs de tous ceux qui déjà chez vous ont refusé la place, les coordonnées, l'abscisse et l'ordonnée, que vous leur aviez attribuées, que vous aviez tenté de leur imposer chaque jour, sur vos sièges de bureau ou d'écoliers, sur vos machines ou vos chaînes d'usine, dans vos métros, au travers vos journaux, devant vos télés, vos JT à vous mater... et nous entrerons en guerre contre vos méthodes, vos injustices, votre autorité, votre mépris de nos droits et de notre liberté!"

Ce slogan était aussi une manière de raccrocher ça à d'autres luttes qui font partie de la même logique de surveillance, d'identification et de contrôle des individus (passeports biométriques, multiplication des cartes électroniques et puces à venir détenant des informations sur l'identité de la personne détentrice, cartes de fidélité (sic), de bus, cartes de crédit, de retrait, passes de parking...) et qui sont tout autant en rapport avec cette question du territoire... Toutes ces cartes, comme autant de papiers d'identité, sont capables à présent de dire où, quand et à quelle fréquence chaque individu s'inscrit dans un lieu et la manière dont il le traverse, comment il s'y déplace, où il se trouve... si aussi, il a le droit d'y être ou si sa place est ailleurs, dans un centre de rétention, une prison, un pays en guerre, dans une autre ville, à son RDV ORBEm, à son travail... Et c'est notre rapport aux autres et à l'espace qui va s'en trouver bouleversé. Notre liberté d'y circuler aussi.

Il ne faut plus accepter ! Il ne faut plus plier! Plus ramper! Car toute cette logique est révoltante et inquiétante aussi, tant les idées fascistes du gouvernement sont en train d'ancrer le racisme, le délire sécuritaire et l'évidence du contrôle social dans la tête des gens!

Alors, belges, immigrés, avant d'être complétement réifiés, momifiés, de ne plus pouvoir bouger: "On s'en fout! On veut plus de papier du tout!"

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Posté par lacommunelibre à 20:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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